Love-Money ? Originaire du Québec et des
Etats-Unis, cette expression désigne une épargne de proximité
"affective". Aussi appelée "la Tontine" dans plusieurs pays
africains, elle mise sur l'entraide financière entre parents,
amis et voisins pour monter, ou sauver, des entreprises.
Septembre 2002.
L'entreprise de ventilation industrielle Madeleine, dans le
Nord-pas-de-Calais, est en redressement judiciaire. C'est alors que
se présente Air Qualité qui oeuvre dans un domaine similaire,
la maintenance des systèmes de ventilation. Sa particularité : la
société a été créée par un chômeur aidé par l'association Love Money
pour l'emploi. Roman Prochazka, son pdg, s'est lancé sans un sou en
pôche. Grâce à un réseau de contributeurs. En six mois, aidé au
montage du projet par l'association, il a récolté 76 000 euros
auprès de 95 personnes qui se sont associées pour constituer le
capital. Aujourd'hui, la société emploie 20 salariés, son nouveau
capital dépasse les 150 000 euros, et bénéficie d'un marché en plein
développement.
Une épargne
de proximité. Un chômeur sur deux a l'idée de créer son
emploi en créant son entreprise. "Il y a parmi les chômeurs
énormément de compétences inutilisées, du fait qu'ils sont isolés",
estime Jean Salva, le fondateur de Love Money. Faute de moyens, de
nombreux projets de création restent au point mort. C'est pour leur
donner une vraie chance que l'association a développé cette
solidarité financière. Le principe : monter sur chaque projet
sélectionné un réseau de contributeurs, adhérents mais aussi parents
ou amis, "associés solidaires". Ce qui permet au porteur de projet
de ne pas s'endetter et de concentrer ses efforts sur le lancement
de son activité, et de créer des emplois.
Un projet
viable. En adhérant à l'association, le créateur se
familiarise d'abord avec le concept. Si le projet est retenu (il
doit avoir le potentiel pour créer des emplois), il signe un pacte
de bonne conduite. Les bénévoles de Love Money l'aident alors à
rédiger un business-plan très élaboré. Le dossier est ensuite
présenté à l'entourage familial, amical ou relationnel. Chaque
contributeur peut déposer de 10 à 1000 euros dans la cagnotte. Les
membres de l'association peuvent également prendre des parts. Et
lorsque le projet réussit, un dispositif - les BSPCE (bons de
souscription de parts de créateur d'entreprise) permet au
nouveau chef d'entreprise de devenir, à terme, actionnaire
majoritaire.
Depuis
1999, Love Money a collecté deux millions d'euros qui
ont permis la création de neuf entreprises, et de 100 emplois. Six
cent cinquante personnes ont contribué au capital de ces sociétés,
Air Qualité, Croque la vie (restauration rapide bio), Dolopale
(dépollution des sites et sols contaminés par les activités
industrielles et agricoles)... A ce jour, seule une entreprise créée
a été mise en liquidation, à la suite de la sortie volontaire du
porteur de projet.
Pour en savoir plus
Article publié le
24 février 2004 par Bruno Mathon